La leucémie myéloïde chronique (LMC) est définie par la présence du chromosome Philadelphie, résultat d'une translocation entre les chromosomes 9 et 22 qui génère le gène de fusion BCR-ABL1 — une tyrosine kinase constitutivement active qui transforme les cellules souches hématopoïétiques.

Qu'est-ce que la leucémie myéloïde chronique ?

La LMC représente environ 15 % de toutes les leucémies de l'adulte. Elle évolue classiquement en trois phases : une phase chronique (souvent asymptomatique), une phase accélérée, puis une transformation en leucémie aiguë en l'absence de traitement. Grâce aux inhibiteurs de tyrosine kinase (ITK), cette évolution est aujourd'hui largement prévenue.

L'Imatinib (Glivec®), premier ITK de sa classe approuvé en 2001, a constitué une révolution thérapeutique — transformant une maladie potentiellement fatale en une pathologie chronique compatible avec une espérance de vie normale pour la majorité des patients.

Les inhibiteurs de tyrosine kinase de deuxième et troisième génération

Face aux résistances et aux intolérances à l'Imatinib, les ITK de deuxième génération — Nilotinib, Dasatinib, Bosutinib — ont été développés. Ils induisent des réponses moléculaires majeures plus profondes et plus rapides.

  • Nilotinib : réponse moléculaire profonde à 24 mois chez 54 % des patients vs 31 % avec l'Imatinib.
  • Dasatinib : efficace en cas de mutation BCR-ABL1 (sauf T315I), avec une pénétration dans le SNC.
  • Bosutinib : profil de tolérance différencié, privilégié pour certains profils de patients.
  • Ponatinib (3e génération) : seul actif sur la mutation T315I — réservé aux cas réfractaires.
L'objectif thérapeutique actuel n'est plus seulement la survie — c'est la rémission moléculaire profonde durable, qui ouvre la voie à l'arrêt du traitement.

Vers un objectif de rémission sans traitement (TFR)

Depuis les études STIM et EURO-SKI, nous savons qu'environ 40 à 50 % des patients ayant atteint une rémission moléculaire profonde (MR4.5) maintenue peuvent arrêter leur ITK sans rechute. C'est le concept de Treatment-Free Remission (TFR), qui représente aujourd'hui un objectif thérapeutique majeur.

Critères pour tenter l'arrêt

Selon les recommandations ELN 2020, l'arrêt du traitement peut être envisagé après au minimum 5 ans de traitement, dont 2 ans de MR4.5 stable, sous réserve d'une surveillance moléculaire mensuelle rapprochée.

Dans notre service, nous avons initié un programme de suivi TFR en 2022. Les résultats préliminaires à 18 mois sont encourageants et feront l'objet d'une publication en 2025.